Que devient la lamentation publique, fonction historiquement confiée aux femmes, quand des corps d’hommes l’assument ?
Grievers est une pièce chorégraphique et chantée pour quatre hommes, pensée comme un rituel contemporain de deuil. Dans presque toutes les traditions méditerranéennes et européennes, la plainte funèbre a été confiée aux femmes : praeficae romaines, voceratrici corses, attitadoras sardes. Nicole Loraux et Georges Didi-Huberman ont décrit cette « division sexuelle du travail de deuil », qui laisse aux femmes la voix de la plainte et aux hommes celle du récit. Grievers fait passer quatre hommes du récit à la plainte. Quels gestes de vulnérabilité, de soin et de dépendance les masculinités ont-elles appris à taire ?
Le porté est au cœur de la recherche : porter un mort, un enfant, une absence, un corps épuisé. De la Pietà de Michel-Ange aux photographies de Marioupol ou de Gaza, il dessine une grammaire du soin que les quatre interprètes traduiront en gestes et en voix, souffle, chant.
Grievers sera le point d’ancrage du cycle CONSOLER de FAIRE MONDE.
Ce cycle est pensé comme un trait d’union entre les artistes et les professionnels du deuil (thanatopracteurs, fossoyeurs, médecins, services hospitaliers de soins palliatifs…) mais aussi comme un espace pour explorer les masculinités et les injonctions que subissent les corps masculins dans nos sociétés patriarcales.






