Créations

Éthique de la création, éthique de la relation : pourquoi danser ?

« Comme le dit Steve Paxton, « Danser en solo, ça n’existe pas ». Dire « je danse » est toujours une sorte de faute de grammaire : en réalité ce n’est pas moi qui danse, mais la relation qui se tisse entre moi et les autres.» Emma Bigé, in Mouvementements

Je danse, parce que j’ai vu danser autrui, je danse parce que d’autres m’ont perçu. La danse naît du partage et de la mimesis, c’est un art de la relation au monde, un mouvement commun à toutes les époques et à toutes les cultures. Elle a été pratiquée comme geste social et religieux bien avant qu’elle n’émerge comme un des Beaux-Arts, et elle porte le témoignage du caractère rituel et performatif de l’art : danser pour imiter les oiseaux, ou la rotation des astres. Faire une danse dont le statut n’est pas de montrer, de représenter ou de séduire, mais d’être efficace, presque magique. Nous dansons pour faire advenir, pour infléchir le réel, pour ranimer un savoir intuitif, transmis à travers les corps et les générations.

Outil d’accordage de nos souffles, de nos transes et de nos affects, la danse est une puissance trans-individuelle. La danse commence quand mes mouvements se tissent à ceux des autres, quand ils perdent la marque de ce que je crois avec obstination être ma propriété, mon action, pour devenir du commun.

Des études récentes en neurosciences établissent un lien direct entre la danse et la capacité d’empathie : les danseurs ou praticiens du mouvement montrent en effet une plus grande acuité dans la perception des émotions. La danse, et les expériences sensorimotrices qu’elle propose, accroissent notre propension à la compassion.

A travers son attention à soi, au tout petit, à l’infime, au phylogénétique, la pratique de la danse est une ouverture radicale au dehors : elle a le pouvoir de nous rappeler à une communauté de destins avec l’ensemble des humains qui nous ont précédés, et ceux qui nous entourent.