Effet Papillon convoque les codes du jeu vidéo pour interroger les représentations du corps dans les univers de réalité virtuelle: un moi-corps médiatisé, sans durée ni gravité, ne craignant plus la mort puisque ses réssurrections sont illimitées. La danse se fonde sur une incorporation des qualités de corps des avatars de jeux vidéo : dans une matière-mouvement qui paraît plutôt pétrie de pixels que de chair, les trajectoires heurtées, les boucles gestuelles, les coups de pied circulaires et autres parades de kung-fu sont étirés et modulés pour générer une activité imprévisible.
Effet Papillon met à l’épreuve l’image d’un corps idéal, évoluant sans risque ni responsabilité dans un monde sécurisé où l'on voudrait que la mort ne soit plus qu'un frisson...
Une dramaturgie du simulacre
Dans les jeux vidéo, l’espace est constamment calculé, actualisé, en fonction des mouvements des avatars. Inspiré des moteurs graphiques et sonores des univers de réalité virtuelle, le dispositif scénographique d’Effet Papillon permet une relation d’interaction constante entre la danse, l’espace, la lumière et le son.
Les interprètes sont équipées de capteurs embarqués qui permettent de sonoriser leurs pas, leurs sauts, leurs combats : en dansant, les danseuses génèrent les effets sonores et les éclats lumineux de leur armes, les cris de leurs ennemis... Capteurs et programmation sont ici au seul service d’une dramaturgie du corps potentialisé : à l’instar du joystick, ils enchaînent les images (lumineuses et sonores) aux actes corporels. Ces effets augmentés de leurs gestes offrent ainsi aux danseuses les qualités d’apesanteur, de vitesse et de puissance propres aux corps virtuels des jeux vidéo.
Ralentis, retours en arrière, débrayages temporels et résurrections illimitées : l’incorporation de tels simulacres, qui encouragent la croyance en un corps perfectible, immortel et tout puissant, ne se fait pas sans tensions, à la fois motrices et morales, avec la physicalité bien réelle des corps vivants, c’est à dire définitivement mortels.
Extraits de presse
Libération - Blandine Dauvilaire - 5 septembre 2008
“(...) “Biennale de la danse : quelle chance !”
Coup de coeur pour l’Effet Papillon de la Cie Contour Progressif, magnifique travail de Mylène Benoit sur le monde virtuel des jeux vidéo. Evoluant de part et d’autre d’écrans, trois danseuses équipées de capteurs de mouvements restituent toute la mécanique du geste. Bluffant.”
Le magasine des écritures numériques et des arts de la scène / CECN - avril 2007
“(...) Une archéologie du corps contemporain et de ses codes, avec comme leitmotiv la belle alternative proposée par Henri Bergson en 1939 dans matière et memoire : ” Dites que mon corps est matière, dites qu’il est image, peu m’importe le mot “. (...) Pari réussi ! Quel étrange sentiment d’empathie parviennent à provoquer les danseuses d’Effet Papillon : malgré leur motricite contrainte et archétypée, leur apparenle invulnérabilité, ces corps machines demeurent résolument humains et familiers. Preuve, peut-être, qu’aujourd’hui cette porosité entre nos corps et l’image virtuelle est véritablement à l’œuvre en chacun de nous.”
Musiques et cultures digitales - MCD - Laurent Catala - janvier-février 2006
“(...) La chorégraphe Mylène Benoit et sa compagnie Contour Progressif se lancent dans une approche convergente et originale, interrogeant les liaisons modélisées entre le corps et l’image à travers l’univers pulsionnel du jeu vidéo.”
Centre d’Etude des Arts Contemporains - Lille - Philippe Guisgand - décembre 2006
“ (...) Dans Effet Papillon l’effet de contamination est d’autant plus fort que le virtuel s’est fait réel, pour nous permettre de mieux explorer à notre tour toute ces figurines que nous nous contentions jusqu’ici de manipuler. La figure de l’avatar n’est plus notre prolongement désincarné, il nous accueille en son sein et cette manipulation génétique d’un nouveau genre est ici réussie." |